L'imposition des églises paroissiales et des établissements monastiques d'après le compte de décimes de 1329


Hugo Meunier

Carte 1

La décime est une imposition sur les bénéfices ecclésiastiques (biens et revenus attachés à une fonction spirituelle) mise en place par la papauté afin de financer la croisade et dont le profit était généralement accordé aux princes laïcs qui s'engageaient à défendre la foi chrétienne. La première décime, appelée « dîme saladine » fut levée à l'occasion de la troisième croisade en 1188. D'abord extraordinaire, cette charge devient quasi annuelle à partir du 14e siècle.

La carte 1 présente les montants dus pour la décime de 1329 par les édifices religieux desservis par le clergé séculier, et donne une idée, certes très approximative, de leur capacité contributive estimée et de leur richesse relative. Il faut insister sur le rôle de l'hydrographie dans la répartition spatiale des églises paroissiales. Les collégiales mentionnées se trouvent dans les principales agglomérations.




Carte 2

La carte 2 présente les montants dus pour la décime de 1329 par les établissements réguliers (abbayes et prieurés).




Document 1

Le montant de la décime de 1313 est extrait d'un compte du début du 14e siècle qui se rapporte à la première année des 6 décimes concédées à Philippe IV le Bel lors du concile de Vienne en 1312 (CAUSSE 1988 : 201). Le total du subside pour chaque diocèse du royaume de France y est inscrit. L'archevêché de Vienne, les évêchés de Valence, Cambrai, Bayonne et Lyon contribuent à la décime uniquement pour les bénéfices situés dans les limites de la Couronne et n'ont donc pas été pris en compte pour le calcul des densités. On remarque de fortes valeurs dans le nord du royaume, dans les provinces ecclésiastiques de Rouen, Reims et Sens, ainsi que dans les diocèses de Toulouse et de la façade méditerranéenne. La Bretagne apparaît comme l'une des régions les moins taxées, avec les Landes, les Pyrénées et une grande partie de la province de Bourges.




Document 2

Le diocèse de Tours contribue à hauteur de 4080 livres pour la décime de 1329 (densité de 188 deniers/km²). Ces chiffres se situent légèrement au-dessus de la moyenne des évêchés du royaume de France. En revanche, Tours se détache nettement au sein de sa province.




Document 3

Le centre moyen (ou barycentre) du semis de points des différents types d'établissements a été calculé en tenant compte uniquement de leurs localisations ou en ajoutant la variable du montant des décimes. L'ellipse de déviation standard de tous les établissements (qui résume l'information d'un nuage de points à partir de l'axe de variabilité maximum (tracé à partir des points extrêmes) et de sa perpendiculaire) s'inscrit dans les limites du diocèse, mais son centre se trouve décalé vers le sud-ouest par rapport au centre géographique de l'évêché, conséquence de la forte densité du semis dans la vallée de la Vienne. Avec la décime, l'ellipse se déplace vers le nord et se contracte en direction de Tours en raison des taxes élevées qui s'y trouvent. Elle contient 68% du total de la décime, mais ne représente que 28% de la superficie diocésaine. Notons le déplacement vers le nord-est du barycentre relatif aux prieurés lorsque l'on tient compte du subside (effet de l'agrégat identifié dans le document 5). En revanche, l'imposition des églises paroissiales est assez homogène, les valeurs de la décime n'ont guère d'effet sur le centre de la distribution spatiale.




Document 4

Le lissage par la méthode des noyaux ou kernel density est un procédé d'interpolation qui permet le passage de données ponctuelles à une surface de densité (ZANINETTI 2005 : 263). La méthode est ici appliquée au semis de points des établissements, sans prendre en compte la valeur de la décime. On perçoit, en premier lieu, la forte concentration des établissements à proximité de Tours et dans une série d'auréoles plus ou moins larges de part et d'autre de la Loire et de ses trois principaux affluents. Les densités les plus faibles se trouvent aux marges orientales du diocèse, au nord et au cœur des plateaux situés entre les vallées de l'Indre et de la Vienne.




Document 5

L'indice local de Getis et Ord Gi* est un indicateur statistique qui facilite l'identification des agrégats de valeurs remarquables (ZANINETTI 2005 : 208). Pour les églises paroissiales, il permet l'identification de deux groupes de décimes élevées au nord-est du diocèse, autour de Reugny et de Nazelles, ainsi qu'un second plus au sud, entre Sainte-Maure-de-Touraine et Neuilly-le-Brignon. Un ensemble d'églises paroissiales peu taxées se trouve autour de L'Île-Bouchard. Le même procédé pour les prieurés met en exergue un chapelet de valeurs élevées dans l'est du diocèse, à proximité de Nanteuil.




Document 6

La particularité du diocèse de Tours, à la différence des autres circonscriptions de la province, réside dans le nombre important de chapitres et d'abbayes qui représentent une part considérable de la décime du diocèse, près des trois quarts du montant total. Dans toute la province ecclésiastique, les montants dus par les églises paroissiales s'élèvent à 30% du total de la décime, dans l'évêché de Tours ce chiffre tombe à seulement 10%. La présence de trois établissements majeurs suffit à expliquer ce phénomène : la cathédrale (chapitre et évêché), la collégiale Saint-Martin de Tours et l'abbaye de Marmoutier cumulent en effet 2160 livres de charges.




mentions légales | Haut de page

Contact
Sommaire
Auteurs
Glossaire
Bibliographie générale
Recherche